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« L’arthrose est plutôt perverse » : un spécialiste alerte sur cette maladie souvent invisible

Lundi 29 Mars 2021 | Par Eva Morand

INTERVIEW - Le Dr Pierre Moissonnier est un vétérinaire spécialisé en chirurgie vétérinaire. Il partage son temps entre des consultations avec les propriétaires, des chirurgies au bloc opératoire et enseigne avec beaucoup de pédagogie aux étudiants de l’école vétérinaire de Lyon.

Chiens, chats, humains, tout le monde est concerné par l’arthrose. Même si elle semble être une maladie bénigne, elle est néanmoins très invalidante. Comment mieux comprendre et appréhender l’arthrose chez nos animaux domestiques ? Le Dr Pierre Moissonnier, vétérinaire spécialisé en chirurgie, a accepté de répondre à nos questions sur ce sujet qu'il connaît si bien : l'arthrose.

Pour commencer, pourriez-vous nous expliquer ce qu’est l’arthrose ?

L’arthrose est une maladie dégénérative qui touche le cartilage des articulations. Il est important de savoir que c’est le cartilage qui est au centre de la maladie arthrosique. L’évolution est plutôt lente, même s’il y a parfois des crises. La maladie touche potentiellement toutes les articulations, notamment les plus mobiles.

Parmi les articulations les plus touchées on trouve donc : la hanche, le genou, le coude, l’épaule puis, moins fréquemment, le carpe (poignet) et le tarse (la cheville).

« L’arthrose est plutôt perverse » : un spécialiste alerte sur cette maladie souvent invisible
Image de gauche : un genou arthrosique. Image de droite : un genou normal
Crédits photo : Pierre Moissonnier

Est-ce que l’arthrose touche nécessairement des animaux âgés ?

Alors il s’agit d’une question centrale par rapport au problème de l’arthrose et pour nous vétérinaires ! Quand on entend les mots « maladie dégénérative » on a l’impression que c’est une maladie qui va toucher des individus âgés. C’est à la fois vrai et totalement faux !

Car l’arthrose va apparaître préférentiellement sur des animaux âgés lorsqu’il s’agit d’une arthrose de vieillissement et d’usure du cartilage. L’arthrose est aussi la sanction finale de toutes autres maladies chroniques articulaires (entorse, luxation, infection, etc.).

Pour mieux comprendre, regardons chez l’humain. Après 35 ans, 50 % des gens ont au moins une articulation qui présente des signes d’arthrose. C’est donc une arthrose liée au vieillissement.

Chez le chien, on peut avoir des individus atteints de dysplasie de la hanche qui vont de ce fait présenter une arthrose dès l’âge de 12 mois. Et donc là, il s’agit d’une maladie du chien à peine adulte !

La maladie peut donc se développer de différentes manières. On parle d’arthrose primaire quand elle se développe sans qu’il y ait une autre maladie qui induise de l’arthrose. Et on parle d’arthrose secondaire quand elle apparaît suite à une maladie comme : une infection, une fracture, une entorse, etc.

Toutes ces situations vont entraîner de l’arthrose au niveau de l’articulation, quel que soit l’âge de l’individu.

Est-ce qu’il y a des manières de prévenir l’apparition de l’arthrose ?

Oui. Il est vrai que l’on peut beaucoup plus facilement prévenir l’arthrose que traiter la maladie elle-même.

Pour éviter qu’un jeune chien ne développe de l’arthrose, il faut dépister la maladie qui va entraîner l’arthrose comme la dysplasie de la hanche par exemple.

On sait que si on ne la dépiste pas, la dysplasie va évoluer vers une arthrose de la hanche invalidante.

Le rôle du vétérinaire est de dire : « Vous avez adopté un animal dont la race est connue pour la dysplasie de la hanche / du coude / de l’épaule, réalisons le diagnostic le plus tôt possible pour pouvoir traiter cette arthrose débutante ». Plutôt que de devoir condamner l’articulation avec une prothèse ou autre.

« L’arthrose est plutôt perverse » : un spécialiste alerte sur cette maladie souvent invisible
Crédits photo : Happy monkey / Shutterstock

Est-ce qu’il y a des races plus sujettes à l’arthrose ?

Bien sûr que la race peut intervenir comme facteur favorisant, mais il n’y a pas une race qui va faire de l’arthrose. Par contre, il y a certaines races connues, par exemple chez le chien, qui vont avoir des anomalies articulaires et donc déclencher une arthrose dite « secondaire ».

Les Bergers Allemands dans les années 90 avaient 30 % de risque de développer une arthrose à cause d’une dysplasie de la hanche.

Mais à l’inverse, quelle que soit la race, n’importe quel individu qui présente du surpoids aura de l’arthrose à cause de son surpoids qui pèse sur ses articulations.

Est-ce que l’arthrose fait forcément souffrir ?

Non, car il y a une véritable dissociation entre les signes cliniques et la radiographie. Il y a des animaux qui vont présenter à la radiographie des signes majeurs alors qu’ils ne vont avoir que peu de symptômes dans la vie quotidienne.

Mais il faut savoir que la maladie de l’arthrose est plutôt perverse, car il y a toute une phase silencieuse où la maladie va évoluer avant que les signes cliniques ne soient présents. Quand le propriétaire décide de consulter, la maladie est généralement très évoluée.  En revanche, les signes radiographiques sont très importants bien avant que le chien ne montre de signes cliniques.

Comment savoir si son animal souffre d’arthrose ?

C’est très difficile, car comme je l’expliquais dans la définition, il s’agit d’une maladie du cartilage.  

Or, le cartilage n’a ni vascularisation ni innervation, ce qui signifie qu’il n’a pas de récepteurs à la douleur. La douleur de l’arthrose ne provient donc pas du cartilage.

La maladie va finalement s’installer sans aucun signe et ce n’est que quand il y a une inflammation que l’articulation va commencer à faire mal et que le propriétaire va s’apercevoir des signes cliniques de son animal (boiterie, gonflement de l’articulation, etc).

Mais malheureusement, on arrive après la bataille.

De plus, d’un chien à un autre le seuil de douleur ne va pas être le même. Il faut savoir qu’un chien qui souffre au niveau des articulations va moins se déplacer et va perdre du muscle, c’est le début d’un cercle vicieux. Ce sont ces signes peuvent alerter les propriétaires.

« L’arthrose est plutôt perverse » : un spécialiste alerte sur cette maladie souvent invisible
Crédits photo : Nils Jacobi / Shutterstock

Quelles sont les méthodes les plus efficaces pour soulager l’arthrose chez un animal ?

Il s’agit d’un chapitre extrêmement vaste, car il y a beaucoup de possibilités. L’arthrose est très étudiée car elle touche tout le monde, animaux comme humains. C’est l’inflammation de l’articulation qui va créer une douleur, il y a deux grandes voies habituelles pour soulager un animal : les anti-inflammatoires et les analgésiques (anti-douleurs).

La physiothérapie est aussi très efficace pour lutter contre l’ankylose articulaire (difficulté de mouvements). Elle permet de conserver la mobilité de l’articulation. Contrairement à ce que l’on pense, le mouvement va permettre de nourrir les tissus et de faire circuler le liquide synovial (liquide de l’articulation).

Mais il ne faut pas oublier que cela ne va traiter que les symptômes. On sait ralentir la maladie, diminuer les symptômes, mais on ne sait pas l’arrêter.

Il faut savoir qu’un chien qui souffre va diminuer ses déplacements et donc perdre de la masse musculaire, or c’est un cercle vicieux car cela va empirer la souffrance de l’articulation.

Si on pouvait résumer une des clés pour lutter contre l’arthrose on pourrait utiliser le dicton « La vie c’est le mouvement ».

L’alimentation a-t-elle un rôle dans l’arthrose ?

Alors là oui ! C’est la suralimentation qui va entraîner du surpoids et donc de l’arthrose. Les contraintes qui vont être imposées aux articulations augmentent terriblement avec le poids de l’individu. Il est beaucoup plus difficile pour une articulation de supporter les 15 kg d’un animal alors que son poids de forme est de 10 kg.

L’alimentation peut aussi avoir un effet positif, car le cartilage a besoin de nutriments particuliers que l’alimentation basique n’apporte pas forcément. On peut avoir recours à des aliments spécialisés (ex : croquettes spéciales articulations) qui contiennent tous les métabolites (oméga 3, chondroïtine sulfate, glucosamine, etc.) dont l’articulation a besoin.

« L’arthrose est plutôt perverse » : un spécialiste alerte sur cette maladie souvent invisible
Crédits photo : 1Roman Makedonsky / Shutterstock

Selon vous, y a-t-il des idées reçues sur l’arthrose des chiens et des chats ?

Oui, il y a tout d’abord la croyance que l’arthrose est une maladie de l’animal âgé. Ce n’est pas parce que mon chien ou mon chat est jeune qu’il n’a pas d’arthrose, la maladie peut être précoce puisqu’elle dépend d’anomalies articulaires.

Beaucoup de gens pensent aussi que l’arthrose fait boiter. Or, une étude de 2020 montre que le diagnostic du chat est encore plus sous-estimé que chez le chien. Les chercheurs ont fait des radiographies sur des chats de 10 ans et plus et 90 % des chats avaient une radio montrant des signes d’arthrose.

Or, dans ces 90 % seuls 40 % des propriétaires considéraient leurs animaux comme atteints. Pour la majorité des propriétaires l’animal n’avait rien.

Et c’est là que c’est intéressant parce que l’animal se sert moins de son articulation, il a mal, mais ne le dit pas et diminue son activité. Le propriétaire se dit : « Mon animal a pris un coup de vieux, il a plus de 10 ans, il bouge moins, c’est normal ». Mais la vieillesse n’est pas une maladie.

La dernière idée reçue est que « Pour lutter contre l’arthrose, il vaut mieux ne pas faire trop d’exercice ». C’est faux ! Il faut évidemment être raisonnable dans l’exercice, prendre en compte ses contraintes physiologiques ainsi que le surpoids, mais il faut bouger.

Lors de vos consultations avez-vous beaucoup de questions sur l’arthrose ?

En tant que vétérinaire spécialiste de la chirurgie et donc des boiteries, les problèmes d’arthrose représentent une part très importante de mes consultations, mais elles ne reflètent pas forcément la réalité.

En 2018, une étude avait estimé que les consultations d’arthrose représentaient 2,5 % des consultations chez les vétérinaires généralistes ce qui est assez important finalement.

En tant que vétérinaire, il est important d’expliquer aux propriétaires que l’arthrose n’est pas à 100 % liée au vieillissement.

« L’arthrose est plutôt perverse » : un spécialiste alerte sur cette maladie souvent invisible
Crédits photo : TORWAISTUDIO / Shutterstock

Est-ce une question qui préoccupe davantage les propriétaires de chiens que de chats ?

Effectivement, il y a une grande sous-évaluation de l’arthrose chez le chat. Les propriétaires pensent souvent que l’arthrose va provoquer une boiterie alors que le chat peut simplement limiter ses déplacements au quotidien à cause de la douleur. Un propriétaire de chat ne va pas forcément consulter quand son chat va boiter, mais va attendre que l’animal ne pose plus la patte.

Or, la boiterie chez le chat, c’est aussi un chat qui ne va plus sauter vers le haut ou vers le bas, qui descend moins bien les escaliers, qui ne court plus ou ne joue plus avec des objets. Malheureusement, les gens pensent à tort que c’est parce que l’animal est vieux et que ça ne l’amuse plus.

En réalité, le chat ne joue plus parce qu’il a mal ! Il ne faut pas s’attendre à ce que les animaux crient pour exprimer leur douleur.

Merci au Docteur Pierre Moissonnier d’avoir répondu à nos questions.

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# vétérinaire, arthrose
Par Eva Morand Crédits photo :

Virginia Blount / Shutterstock

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