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Glucides dans les croquettes : mais pourquoi cela fait-il polémique ?

Mercredi 13 Décembre 2017 | Par Elisa Gorins

Depuis la diffusion du documentaire de France 5 sur l’industrie du « petfood » (alimentation pour animaux de compagnie), la polémique enfle : les glucides contenus dans les croquettes de nos chiens et chats seraient-ils toxiques ? Pour en savoir plus, nous avons posé la question à un expert : le Dr Eric Charles, vétérinaire nutritionniste spécialiste du petfood.

Ingrédients, constituants alimentaires, nutriments... De quoi parle-t-on ?

Les « ingrédients », viandes, légumes, céréales, fruits… apportent des « constituants alimentaires » eux-mêmes composés de « nutriments ». Seuls ces derniers sont en mesure de franchir la barrière intestinale et d’accéder aux cellules de l’organisme pour y être transformés au cours de différentes réaction métaboliques vitales. Le rôle du tube digestif étant de transformer les ingrédients que nous ingérons en nutriments.

Les glucides sont aux côtés de l’eau, des protéines, des lipides, des vitamines et des minéraux, l’un des 6 constituants alimentaires présents dans les ingrédients. D’une façon ou d’une autre, ces constituants alimentaires sont contenus dans l’ensemble des ingrédients composant l’alimentation des animaux, ils apportent les nutriments nécessaires à la réalisation des réactions biochimiques qui gouvernent la vie au sein des organismes.

« Les nutriments » sont des petites molécules capables par leurs tailles et/ou par leurs propriétés électrochimiques de traverser la membrane intestinale de l’extérieur de l’organisme (tube digestif) vers l’intérieur (système vasculaire qui irrigue toutes les cellules).

Parmi les nutriments nous considérons :

  • Les nutriments essentiels, ceux que l’organisme ne peut pas synthétiser seul, il est donc essentiel qu’il les trouve dans son alimentation en qualité et en quantité suffisante afin de réaliser ses fonctions métaboliques quotidiennes.
  • Les nutriments non essentiels, ceux que l’organisme peut synthétiser à partir des nutriments essentiels au travers de différents processus biochimiques. Ce sont en quelque sorte des étapes obligées des réactions métaboliques afin d’assurer le développement de l’organisme dans toutes ses fonctions vitales. Cette notion nous fait comprendre le terme de nutriments dits « de conforts », des molécules non essentielles à proprement parler, mais très utiles et intéressantes à fournir directement à l’animal afin de lui éviter fatigue et usure de ses organes.
  • Les substances dites « indésirables », capables de passer la barrière intestinale mais dont les effets sur l’organisme sont négatifs et dangereux voire toxiques et mortels à partir d’une certaine dose (c’est l’exemple du chocolat qui contient de la théobromine, toxique chez tous les animaux et mortelle à dose relativement faible chez le chien)

Enfin, les constituants alimentaires tels que les glucides, n’apportent pas uniquement des nutriments, ils sont également le vecteur de molécules plus complexes, difficiles voire impossibles à digérer. Ces molécules n’entrent pas directement dans l’organisme, elles n’ont donc aucune action directe sur le métabolisme, cependant leur présence dans l’alimentation peut avoir des effets indispensables au bon fonctionnement du tube digestif et ainsi indirectement avoir des effets positifs ou négatifs pour l’organisme.

Pourquoi tout le monde s’inquiète à propos du taux de glucides ? Quel est le problème avec celui-ci ?

Les glucides sont des molécules alimentaires très importantes et il n’y a aucune raison de s’inquiéter au sujet de leur présence dans l’alimentation de nos animaux. Cependant, reconnaissons que cette famille des « glucides» ou « hydrate de carbone » est très complexe et nombreuses sont les formes de glucides à intervenir dans différentes étapes de la chaine du métabolisme vitale et de la digestion. La complexité de cette famille de molécules et le nombre de rôles biochimiques auxquels ils contribuent au sein des organismes rendent leurs présentations difficiles. Ce manque d’information de la part des fabricants contribuant certainement au rejet actuel de ces produits pourtant indispensables et très importants en matière de nutrition et de confort digestif…à condition à bien entendu d’être utilisés en proportion judicieuse et maîtrisée.

Les chiens et chats ont-ils besoin de glucides ? 

Les glucides représentent une grande famille de molécules très diversifiées et la première notion à avoir est que l’on ne peut pas parler de l’intérêt ou non des glucides sans prendre en compte les différents sous-groupes de glucides ou hydrates de carbones : 

  • En premier nous avons les glucides solubles ou digestibles (capables d’être assimilés par l’organisme et d’agir au sein du métabolisme)
  • En second nous avons les glucides insolubles non digestibles mais souvent indispensable pour le fonctionnement du tube digestif, également appelé le deuxième cerveau.
  • En troisième, nous avons les glucides associés à d’autres molécules, souvent digestibles mais dont l’essentiel des actions se situe dans l’intestin en interaction avec la flore intestinale.

Alors besoin ou pas besoin ?

  • Les premiers, les sucres digestibles, simple tel que le glucose ou complexe comme l’amidon (longue chaine de glucose) à assimilation lente, ils ne sont pas essentiels au sens strict du terme car le glucose, molécule indispensable pour la plupart des réactions du métabolisme vital, à la possibilité d’être synthétiser directement par les animaux grâce au processus de la néoglucogenèse qui consiste à détruire certaines de ses protéines pour en extraire certains acides aminés et les transformer en glucose métaboliquement indispensable. Mais ne nous trompons pas, si tous les animaux ont développés au cours de l’évolution cette capacité de néoglucogenèse, c’est bien parce que le rôle du glucose est central dans son métabolisme et qu’il lui en faut pour survivre dans les périodes de disettes voire les périodes saisonnières ou les abeilles dorment et les céréales n’ont pas encore poussées, en deux mots durant les hivers. La néoglucogenèse est un mécanisme de survie des espèces pendant ces périodes ou les glucides digestibles ne sont pas à disposition dans l’environnement. En résumé, l’amidon bien cuit, la principale source de sucre lent, n’est pas essentiel en matière de nutrition mais il est indispensable pour protéger et économiser les organes impliqués dans les réactions métaboliques de la néoglucogenèse (principalement le foie et les reins). L’homme n’a pas non plus une grande capacité à digérer l’amidon, sa maîtrise du feu lui a permis de le faire par l’intermédiaire de la cuisson pourquoi n’en ferait-il pas profiter ses amis poilus ?
  • Les seconds, les sucres insolubles également appelés fibres alimentaires, ce sont les celluloses, les hémicelluloses, les pectines, les gommes et les mucilages. Ces hydrates de carbones ne seront pas digérés par les carnivores, ils ne sont pas sources de nutriments. Ils demeurent cependant absolument indispensables au fonctionnement très complexe du tube digestif, notamment à ses interactions avec la flore intestinale et au maintien de cette flore à un niveau approprié. Dans un excellent aliment, ces fibres alimentaires représentent entre 8 et 12%, sans eux l’intestin ne peut fonctionner convenablement.
  • Les 3èmes, les glucides associés, ils représentent une fraction très faible mais sont tout autant indispensables, nous les trouvons dans certains végétaux et dans les membranes des levures. Ils ont un rôle dans l’absorption des nutriments, aident à l’équilibre de la flore intestinales, et stimulent le système immunitaire. Nous les connaissons mieux sous le nom de fructo-oligosaccharides, Manno-oligosaccharides, inuline…

Pourquoi les industriels n'affichent généralement pas le taux de glucides ? Et comment faire pour le connaître/le calculer ?

Les Industriels affichent au minimum ce que la réglementation leur impose, souvent ils en disent plus mais est-ce toujours judicieux ? En réalité, seule une petite partie des glucides non digestibles est indiquée sur l’étiquetage, il s’agit de la cellulose brute. Pour les autres glucides, il s’agit visiblement d’un manque qui remonte à la nuit des temps et que la réglementation pourrait corriger dans un souci de meilleure information du consommateur.

Cette imprécision d’étiquetage remonte certainement au début de la nutrition animale, développée principalement pour nourrir les animaux de rentes (veaux, vaches, cochons, poules…). Pour ces animaux, la fraction glucidique que l‘on surveillait principalement pour raison économique était la cellulose. Cette dernière étant très présente dans notre environnement et pas chère, c’était faire preuve de transparence que d’en afficher le taux pour ne pas tromper son client éleveur.

La cellulose reste cependant bénéfique au transit intestinal chez les carnivores, le fait qu’elle soit indiquée est une bonne information. Une teneur pertinente se situe entre 2 et 3,5 % pour les chiens comme pour les chats.

Important de noter : la cellulose, à l’état purifiée est également utilisée à juste titre pour éviter l’apparition des boules de poils dans l’estomac des chats. Dans les aliments prémium, la teneur en cellulose peut atteindre 5% mais il s’agit encore une fois d’une cellulose purifiée ajoutée avec un objectif santé particulier.

Il est facile de calculer la teneur en glucide totaux de l’aliment, il s’agit de retirer de 100%, le taux de protéines brutes, de matières grasses brutes, de matières minérales brutes (cendres brutes) et d’eau (si cette dernière n’est pas indiquée, compter 10% dans les aliments chiens et 8% dans les aliments pour chats). Ce calcul donne le taux de glucides totaux, à savoir glucides solubles + fibres alimentaires. Obtenir exactement la part relative de ces deux familles de glucides serait incontestablement un plus en matière d’information consommateur. Restons cependant vigilant face aux déclarations erronées voire délibérément trompeuses dans un univers non réglementé.

Qu'est-ce qu'un taux de glucides raisonnable chez le chien et le chat ?

S’agissant des fibres insolubles nécessaires au fonctionnement du tube digestif, à l’équilibre de la flore intestinale et au transit normal du bol alimentaire, il faut compter entre 7 à 10% de fibres totales (cela sous-entend entre 2 et 3,5 % de cellulose brute). Avec l’avancée en âge, face à un intestin un peu plus fragile et un plus atone, 9 à 12 % (cellulose brute 3,5 à 4%).

Glucides digestibles à libération lente, principalement l’amidon avec un taux de cuisson suffisant, les besoins quotidiens sont de l’ordre de 7 à 9% selon l’activité de l’animal pour couvrir ses besoins glycémiques. Cependant il faut imaginer que les glucides solubles de l’alimentation vont également être captés par la flore intestinale notamment les lactobacilles bénéfiques et les entérobactéries. Cette compétition entre l’animal et sa flore intestinale fait que 1/3 seulement sera réellement assimilée par l’organisme.

Une teneur en amidon de 20 % est très bien, 25-27 % étant un maximum. Au-delà, le risque est important de déséquilibrer la flore digestive au bénéfice de la flore pathogène, ce n’est pas très grave mais le développement de cette flore inappropriée influe sur la qualité de la muqueuse intestinale et diminue la performance de digestion et d’assimilation. C’est la principale raison pour laquelle, il ne faut pas abuser sur la quantité d’amidon.

Important de noter : chez les animaux âgés, les fonctions rénales et hépatiques sont diminuées, et leurs besoins en protéines est diminué. Dans ces conditions, il est préférable de diminuer la teneur en protéines au profit d’un peu plus d’amidon et de fibres alimentaires.

Faut-il privilégier une alimentation pauvre en glucides ?

Non pas forcément, parlons plutôt d’une teneur maîtrisée et raisonnée en amidon bien cuit. Les teneurs citées ci-dessus sont des optimums, en deçà de 15-18%, il est difficile de maitriser la cuisson des croquettes, la température de cuisson est plus élevée et c’est la digestibilité des protéines qui peut en être diminuée. D’autre part, vu également ci-dessus, la néoglucogenèse est un mécanisme de compensation d’un manque de glucides alimentaires ou d’un défaut de digestibilité de l’amidon, c’est bien de l’utiliser mais pourquoi en abuser et laisser l’animal détruire ses propres protéines.

Important à savoir : une teneur en amidon de 30% est moins préjudiciable pour la santé à long terme de nos chiens qu’une teneur en protéines supérieure à 40%. Aujourd’hui une mauvaise communication associée à un rejet des glucides pousse certaines marques à enrichir de façon inconsidérée leurs croquettes en protéines…les vrais dangers à long terme sont là !

Quelles sont les conséquences d'une alimentation trop riche en glucides ?

Une alimentation trop riche en glucides non digestibles (fibres alimentaires) va provoquer une irritation chronique du tube digestif et une modification irréversible de son épithélium (muqueuse intestinale). Des taux de cellulose supérieur à 7% sont purement et simplement à proscrire même dans les aliments destinés à lutter contre l’embonpoint, ce n’est pas de cette façon qu’il faut procéder pour faire maigrir un animal de façon durable et équilibrée.

Une alimentation trop riche en glucides digestibles (amidon), va provoquer un déséquilibre de la flore intestinale avec modification des capacités d’assimilation du tube digestif de l’animal. Ce processus est réversible mais demande du temps. Chez les chiots et les chatons, les équilibres nutritionnels à respecter durant leur croissance sont trop importants pour se permettre de « jouer » avec la flore intestinale qui n’est pas encore parfaitement stabilisée, de plus, ils ont des besoins en protéines augmentés ! Deux raisons pour se limiter à 18-20% d’amidon.

Eric Charles
Vétérinaire nutritionniste, spécialiste du Petfood 
Administrateur de la page "Vos interrogations sur la nourriture industrielle des chiens et des chats"

A lire aussi : Le point de vue de la Dr Charlotte Devaux sur les glucides

Vous souciez-vous du taux de glucides contenu dans les croquettes de votre animal ?

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Crédits photo :

Shutterstock

3 commentaire(s)
Miss puce
Les glucides font partie des "cochonneries qu'il y a dedans".
Excellent article, comme on aimerait en lire lu souvent.
Une remarque : l'auteur est-il bien libre de sa pensée ?
Et de plus, après avoir lu toutes ces super infos, que faut-il faire ?
Ou plutôt que faut-il éviter concrètement ?
Il devrait citer des marques. J'espère que c'est possible !
Moi, ça ne me gêne pas évidemment pas mais ça gêne sans doute la loi...
Je ne m'inquiète pas de connaître le taux de glucides dans les croquettes. Je m'inquiète tout court, de toutes les cochonneries qu'il y a dedans !
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