Les débuts ont été très longs, dans un box de 1m carré il arrivait sans soucis à m'éviter, mais à force de le « pourchasser » il a fini par se résigner, il se couchait et ne bougeait plus, les pupilles dilatées, les oreilles couchées, c'est clair qu'il subissait... Avec l'aide d'un grattegratte (comme nous l'avons appelé, il s'agit en fait d'un gratte dos) j'ai commencé à le toucher, d'abord sur la tête puis le cou, il ne se détendait pas, mais il restait immobile et ne bronchait pas. Plus le temps passait et plus je rallongeais ces séances, elles avaient lieu tous les jours, j'avais le temps comme j'étais en vacances. Les premiers progrès ont été long à apparaître mais il ne faut pas lâcher et après quelques semaines ils ont fait surface. Il subissait moins, commençant même à apprécier cela, bien sûr sans jamais réclamer. Mais voilà, il allait mieux, le moment était venu pour lui de retourner en cour, je redoutais ce moment car je ne savais pas comment je pourrai l'approcher, mais j'ai trouvé une parade.
Je le pourchassais dans le box donc j'ai continué dans la cour, en fait je lui marchais après, jusqu'à ce qu'il se réfugie dans une caisse, une fois à l'intérieur il restait immobile comme dans son box. Puis je le grattegrattais et qu'en il n'en pouvait plus il partait en courant. Cette routine a bien durée 3-4 mois, avec tout de même quelques progrès, il appréciait mais jamais il ne réclamait et j'étais toujours obligée de le « coincer » dans la caisse. À ce moment là, nouvelle crise de son calicivirus, et cette fois il a du être opéré, rien de grave, le vétérinaire lui a juste enlevé TOUTES ses dents. Retour en box, on recommence les mêmes étapes pourchasser/coincer/grattegratter/... tous les jours encore une fois. Mais contrairement à avant les progrès ont été beaucoup plus rapide, les courses poursuites étaient de plus en plus courtes, les séances de grattegrattage de plus en plus longue, et quand j'ai senti que c'était le bon moment j'ai mis la main. Les mois ont passé et notre petit rituel continuait, en box puis en cour. Après 9 mois de travail, vers mai 2018 Coton était métamorphosé.
" Alexandra - bénévole en SPA - "
C'est à ce moment là que j'apparais, bénévole depuis seulement 1 an, je ne connais absolument pas ce chat. Mes collègues me le décrivent brièvement et on est unanime pour dire que ce chat ne sera jamais sociabilisé. Et oui à 10 ans, sans jamais être touché, malgré une vie à proximité des hommes, les chances paraissent minces. Pour cette raison, et à cause de l'abondance de chat au refuge nous n'avons pas pris de temps pour vraiment nous occuper de lui. Nos contact se réduisaient à lui donner les friandises qu'il adorait et à lui parler un petit peu. Il est resté comme ça quelques mois, dans son petit box avant d'être mis dans une cour. La même que 5 ans auparavant mais avec de nouveaux chats.
Encore une fois les mois ont passé, 2-3 mois environs, mais quelque chose n'allait pas, Coton maigrissait à vu d’œil, il était encore vif et réussissait sans problème à nous éviter mais il devenait presque squelettique. La décision fut prise de l'attraper, mais impossible de l'approcher, donc comment faire ? Une trappe de capture pour chat sauvage, c'était inévitable. En une après midi il était dedans, en même temps il aime beaucoup la pâtée. Et hop, vite chez le véto, quelques examens et retour en box, le docteur suspecte à un cancer de la gorge mais rien n'est sûr, la panique... Deux semaines d'angoisse plus tard les résultats tombent, il a finalement un calcivirus, soulagement général mais qu'est ce donc ? Personne ne nous répond réellement, apparemment il est porteur d'un virus et parfois il peut faire des crises qui lui causent mal de gorge et mal aux gencives, il ne mangeait plus, c'est pour cela qu'il maigrissait ! Avec ce coup de stress, nous l'avons encore plus dorloté, nous lui avons fait un box de roi, des tonnes de coussins, des grattoirs, des tas de jouets, il était très bien traité. C'est à ce moment là que j'en ai fait mon « projet ».
Je vous explique, certaines bénévole adorent les chats craintifs, déjà parce qu'ils sont généralement délaissés par les adoptants et parce que du coup ils restent très longtemps (ça se compte en année). Elles se lancent alors le défi de les sociabiliser et finalement elles s'y attachent énormément, la plus grande réussite et de finalement les faire adopter même si ça nous cause un stress énorme. Je fais donc partie de ces bénévoles là, et après le départ de ma chouchoute d'amour Groseille (un an de sociabilisation) il fallait que je me trouve un nouveau défi. Comme pour nous une cause n'est jamais perdue et qu'il était de retour en box pour un petit moment je me suis donc décidée à amadouer le grand Coton. Les autres bénévoles et moi partions très pessimiste quant à la réussite de ce « projet » mais qui ne tente rien n'a rien donc...
" Alexandra - bénévole en SPA - "
Coton à son retour

" Alexandra - bénévole en SPA - "
Nous sommes maintenant en 2017, 5 ans ont passé depuis la grande nouvelle. Une journée normale au refuge, des arrivées, des départs, la routine quoi. Quelques abandons ce jour là, en avril c'est assez fréquent. Des anciennes bénévoles sont présentes (12 ans de bénévolat), elles installent les nouveaux, un Minou, chat noir de 5 ans, une Gilli, minette tigré de 2 ans et un Osiris, matou sable de 10 ans, jusque là rien de particulier. Elles s'occupent des chats, comme elles le font si bien. Puis l'heure de la fermeture sonne, retour à l'accueil, discussion avec l'animalière (présente aussi depuis une dizaine d'année) et la nouvelle tombe : « Vous avez vu, Coton est revenu !!? ». L'incompréhension, 5 ans c'est long, il faut le temps de le remettre, puis le choc, Osiris c'est Coton. Les adoptants adore changer les prénoms même quand l'animal le connaît très bien, mais nous ça nous perd. Retour en chatterie, première parole à Coton, juste le fait de l'appeler par son ancien prénom le fait réagir, il s'en souvient ! Toujours aussi beau, toujours aussi peureux. Pourquoi est il revenu ? Pour allergie, sa famille nous a expliqué qu'en 5 ans ils n'ont jamais pu le toucher, ils ne l'ont jamais amené chez le véto (en même temps il était en bonne santé), il n'était pas toujours caché mais ne voulait aucun contact, il vivait bien avec l'humain, mais de loin ! Seulement voilà, 10 ans, jamais caressé, un cas désespéré.
Voilà le début de l'histoire, si elle vous intéresse je vous posterai la suite demain (je n'ai plus le temps d'écrire).
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Puis le beau petit chaton qui avait une infime chance d'être adopté grâce à son jeune âge est devenu un bel adulte, un jeune adulte certes mais trop vieux pour beaucoup de monde. Grandir dans un tel environnement n'est pas l'idéal, surtout pour un chaton né dans la rue, et pour cette raison, même avec tout l'amour des bénévoles (qui font un travail exemplaire pour sociabiliser les chats craintifs), petit Loulou est resté inapprochable.
Pour cette raison Coton est resté 1 mois, puis 2 et 3 puis les mois sont devenus des années, 1 an, 2 ans jusqu'à 5 ans. Les cinq premières années de sa vie, Coton est resté dans sa cour, à voir les autres partir, il a eu des copains de route, la principale étant sa maman Kelly, ils sont restés tous les deux pendant 5 ans au refuge car Kelly aussi était craintive et ces chats là personne n'en veut. Il n'était pas méchant, juste très pétochard, il fuyait et se cachait mais jamais il n'a griffé ou mordu, il n'était pas sauvage, juste très craintif.
Un jour de 2012, la roue à tourné pour petit chat, à l'âge de 6 ans, une famille a voulu le sortir de là. Je ne pourrai pas vous donner de détails sur cette famille, je ne l'ai jamais vue. Les sentiments que j'ai envers eux sont très mitigés connaissant la suite de l'histoire. Cependant je ne suis pas là pour les blâmer mais je les remercie d'avoir accueilli le petit trouillard dans leur famille. Hélas, quand la vie s'acharne les malheurs ne sont jamais finis.
" Alexandra - bénévole en SPA - "