Il faut remonter en mai 2023 pour découvrir les débuts de cette affaire de sauvetage animalier qui a fait du bruit jusqu'au tribunal. Il y a deux ans, la présidente de l'association "Coeur sur Pattes", située dans la Loire (42), répondait à un message privé sur Facebook lui signalant un animal en détresse au domicile d'un particulier.
Après avoir recueilli les informations nécessaires, elle s'est rendue en urgence sur la commune de La Fouillouse où elle a constaté la véracité des faits décrits par le lanceur d'alerte : sur place, elle tombe nez à nez avec une très jeune petite chienne de race Staffie dans un local à poubelle, et l'animal montre plusieurs signes d'un état de santé alarmant. Affaiblie, elle a les muqueuses très pâles, et semble souffrir de dénutrition. L'animal avait également une infection génitale responsable d'une descente d'organes.
N'écoutant que son coeur et portée par sa mission de protection des animaux, la présidente de "Coeur sur Pattes" emmène immédiatement la chienne chez un vétérinaire, sans contacter les propriétaires au préalable car ils ne sont pas sur place. Elle arrive finalement à les joindre par téléphone depuis la clinique vétérinaire, mais la discussion s'envenime rapidement : les maîtres de la Staffie ne donnent pas leur accord pour que l'association prenne la chienne en charge, et ils réfutent la situation de détresse de leur animal, prétextant qu'il se serait simplement échappé et se serait retrouvé dans le fameux local à ordures.
Comprenant rapidement qu'elle ne pourrait pas aider la chienne nommée Riya sans l'aval de ses maîtres, l'association prend la décision de ne pas leur restituer l'animal, de changer immédiatement de clinique vétérinaire, et de déposer une plainte pour maltraitance.
La propriétaire de Riya porte plainte pour vol
Ne souhaitant pas céder sa chienne malgré les conditions de vie constatées par l'association, la propriétaire de la jeune Staffie a décidé de porter plainte pour vol contre la présidente de "Coeur sur Pattes". Le lundi 31 mars 2025, la première audience avait finalement lieu afin que la responsable de l'association soit jugée.
La présidente de l'association a confirmé devant la barre qu'elle n'avait pas l'intention de rendre la chienne à sa propriétaire, compte tenu de la situation déplorable dans laquelle elle l'avait trouvée il y a deux ans. D'ailleurs, de nombreuses photographies et vidéos peuvent attester de l'état de santé de la chienne à cette époque, et l'association a déboursé un total de 7 000 euros en frais vétérinaires pour la remettre sur pattes.
Malgré tout, la propriétaire de la chienne ne s'est pas démontée, et n'a d'ailleurs pas ressenti le besoin de se faire accompagner par un avocat pour plaider sa version des faits. Selon les propos rapportés par le média France Bleu, elle a expliqué que des gendarmes avaient pu constater que les deux chiens toujours présents à son domicile disposaient d'un grand terrain et même d'une piscine, et de plusieurs niches adaptées aux intempéries. Se défendant des accusations indiquant qu'elle se servait de ses animaux pour arrondir ses fins de mois avec une activité d'élevage, elle a précisé n'avoir fait qu'une seule portée. Elle a d'ailleurs expliqué que Riya souffrait d'une descente d'organes à cause de ses chaleurs, et qu'elle avait simplement suivi les recommandations de son vétérinaire qui lui aurait indiqué que cela se résorberait tout seul.
Ces explications n'ont cependant pas convaincu l'avocate de l'association "Coeur sur Pattes" qui s'est empressée de soulever plusieurs interrogations sur le niveau de saleté du local où était Riya au moment de son sauvetage, et de la gravité de son état de santé général. Anémiée et déshydratée, la chienne ne semblait pas avoir reçu des soins adéquats, et ce, depuis un certain temps.
Déterminée à aller jusqu'au bout de sa démarche, la propriétaire de Riya a demandé la restitution de sa chienne, et le remboursement des 700 euros de frais d'avocat. À l'issue de l'audience, le parquet a rendu ses premières conclusions, et a estimé qu'aucune situation de maltraitance n'avait été constatée dans ce dossier. Présents en nombre pour soutenir la présidente de l'association, une vingtaine d'activistes de la cause animale ont été choqués par cette analyse. Malgré sa consternation, l'avocate qui défend l'association "Coeur sur Pattes" a maintenu son cap, et a demandé à ce que Riya ne soit pas restituée et que sa cliente soit relaxée dans cette affaire. Le tribunal correctionnel de Saint-Étienne rendra sa décision finale le 5 mai prochain.