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Race de chien :

Doit-on en finir avec l’isolement des chiens en box dans les refuges ?

Jeudi 29 Décembre 2016 | Par Elisa Gorins

Alors que la polémique entre Rémi Gaillard et la SPA de Montpellier autour de l’utilisation des fonds récoltés enfle, le Président du refuge a diffusé un communiqué de presse. Dans celui-ci, il évoque les « conséquences » qu’aurait la création « d’espaces de liberté » pour les chiens comme le souhaite l’humoriste. Analyse.

En s’enfermant dans un box de la SPA de Montpellier (qui est indépendante de la SPA nationale) pendant quatre jours et quatre nuits, Rémi Gaillard a permis de contribuer à l’adoption de 160 animaux et de récolter plus de 200 000 euros de dons. Mais désormais, il y a un litige autour de l’utilisation de ces fonds : alors que Rémi Gaillard souhaite créer des « espaces de liberté » pour les chiens, la SPA de Montpellier évoque les « conséquences » qu’aurait un tel aménagement et tendrait plutôt vers une « amélioration du confort des animaux » à travers notamment l’isolation des box et l’installation de chauffages. Un choix qui a fortement déçu le Youtubeur et qui, à l’heure actuelle, laisse place à un statu quo.

Pour la SPA de Montpellier, « désocialisation » et « compétition hiérarchique » sont à craindre

Bien que « sans opposition dogmatique » à ce projet d’ « espaces de liberté », Vincent Cerclet, Président de la SPA de Montpellier, évoque dans son communiqué les divers inconvénients liés à la création de tels espaces. Outre les problématiques financières, de gestion et d’entretien, il s’interroge sur « l’intérêt des animaux » :

« Au plan éthologique, les chiens vivant en meute entrent en compétition hiérarchique avec agressions entraînant souvent des morsures. Le risque de désocialisation vis-à-vis de l'homme est réel, et peut rendre problématique l'adoption qui reste, rappelons-le, notre but 1er », écrit le Président de la SPA de Montpellier.

Mais qu’en est-il vraiment de la « compétition hiérarchique » ?

Arrêtons-nous quelques instants sur ces notions de « compétition hiérarchique avec agressions entraînant souvent des morsures ». Pour le Dr Thierry Bedossa, vétérinaire et comportementaliste praticien, « le chien est une espèce sociale qui a besoin de pouvoir exprimer ses besoins pour assurer son bien-être ». L’expression de ses comportements sociaux font partie de ses besoins, et cela implique donc des interactions avec ses congénères, mais également une dépense physique et intellectuelle ».

Le Dr Bedossa, qui condamne ce « déni du respect des besoins physiques, sociaux et mentaux » dans les propos de Vincent Cerclet, est par ailleurs la Président-fondateur de l’Aide aux Vieux Animaux (AVA). Dans son refuge, les chiens vivent harmonieusement en semi-liberté en groupes compatibles : « fournir un hébergement dans lequel l’animal puisse exprimer ses comportements naturels est primordial », rappelle-t-il. Et pour ce faire, « il faut une compréhension des besoins de l’espèce, des états des individus que l’on héberge ainsi que de leurs capacités à s’adapter ». Rémi Gaillard a d'ailleurs précisé sur sa page Facebook : « La fondation Brigitte Bardot m'a m'expliqué "qu'il existe des alternatives aux barreaux". Ils m'invitent à visiter le refuge de la Mare Auzou en Normandie, qui semble à la hauteur de ce que tous les animaux méritent ». 

« Résumer l'organisation sociale du chien à une "simple" compétition, c'est vraiment occulter la richesse et la complexité de leur socialité. Tout résumer à la hiérarchie de dominance, ce n'est pas une vision "éthologique", c'est une incompréhension totale de ce qu'est la socialité et c'est surtout "has been"... et sans aucun fondement scientifique/éthologique... », dénonce quant à elle Séverine Belkhir, éthologiste spécialiste du bien-être et du comportement social du chien domestique, qui a été responsable scientifique pendant près de sept ans au refuge de l’AVA.

La compatibilité : la clé d'une cohabitation réussie

Cette compréhension ne peut se faire qu’avec un personnel expérimenté, capable de cerner la compatibilité entre différents chiens. « Chaque individu est différent et certains chiens sont stressés en présences de congénères, comme certains chiens n'apprécient pas la présence de l'humain par ailleurs. Il faut comprendre et savoir ajuster chaque prise en charge à l’individu que nous avons en face. Mais pour cela, il faut observer toujours et encore, s'informer et se former... », appuie Séverine Belkhir.

Bien qu’il soit difficile de prédire à l’avance le risque d’agression lié à un hébergement par groupes, « la compatibilité entre les animaux est un point-clé pour une cohabitation réussie », résume Mikael Mezzasalma dans sa thèse sur le comportement des chiens de compagnie dans une structure d’hébergement temporaire. Alors que l’hébergement social apporte un bénéfice pour le bien-être de certains chiens, il ne sera, au contraire, pas adapté à d’autres. D’où l’importance de connaître les caractères des individus hébergés.

Et qu’en est-il vraiment de la « désocialisation vis-à-vis de l’homme » ?

Arrêtons-nous maintenant sur ce deuxième paramètre dont parle Vincent Cerclet : la « désocialisation » présumée des chiens vis-à-vis de l’homme dès lors qu’ils vivraient dans des espaces de liberté. « Vivre en groupe ne veut pas dire ne plus avoir de contacts positifs avec l’humain ! », alerte Séverine Belkhir. Plusieurs études ont montré que l’isolement sur des longues périodes nuisait aux chiens avec une incidence bien supérieure sur leur comportement. En 1996, les chercheurs Mertens et al observent que les chiens vivant en groupes développent moins de problèmes comportementaux que ceux vivant seuls (11% contre 31%), et démontrent de meilleures capacités relationnelles avec l’Homme (80% contre 43%).

D’ailleurs, parfois, c’est même le contraire qui se produit. Au contact d’autres chiens sociables avec l’Homme, des chiens qui ne l’étaient pas peuvent le devenir. Séverine Belkhir d’illustrer : « Il y a à AVA une chienne qui s’appelle Eden. Elle a été très peu familiarisée aux humains et elle fuyait à chacune de nos approches à son arrivée à AVA. Nous avions décidé de l’héberger avec un congénère très familier et en demande d’interactions avec nous, Diamond, aujourd’hui décédé. Pendant un temps, je suis allée devant l’enclos et ai proposé des récompenses à Diamond sans prêter attention ni rien demander à Eden. Au fur et à mesure des jours en observant les comportements de Diamond, Eden a commencé à approcher pour prendre les récompenses également. C’est comme cela que nous avons pu commencer à la sortir en promenade, grâce à un autre chien. Même si elle reste peureuse, sa prise en charge est facilitée par la présence d’un congénère. »

L’hébergement en box individuel affecte beaucoup plus le bien-être du chien

Dans le projet de Rémi Gaillard, il ne s’agit pas de laisser une meute de chiens livrée à elle-même, sans soins ni interactions avec l’Homme. Mais seulement de les laisser exprimer leurs besoins. Une équipe chargée d’interagir avec eux serait indispensable : les chercheurs Hennessy et al ont démontré dans une étude de 1998 que le fait de manipuler régulièrement les chiens pouvait être un moyen efficace de réduire le stress dans de nouvelles situations.

De plus, « des programmes d’exercices quotidiens encadrés (marche en laisse, etc.) peuvent procurer plusieurs avantages : répondre au besoin biologique d’activité, stimuler le comportement exploratoire, et offrir des moments de jeux appréciés des chiens », suggère Mikael Mezzasalma.

Enfin, puisque l’adoption « reste le but premier » de la SPA de Montpellier, son Conseil d’administration - qui doit rendre compte de sa décision finale quant à l’utilisation des fonds récoltés par l’action de Rémi Gaillard – peut prendre un dernier paramètre en considération : d’après l’étude de Mertens et al (1996), non seulement les chiens vivant en groupe développent moins de problèmes comportementaux et démontrent de meilleures capacités relationnelles avec l’homme, mais ils sont en plus adoptés plus vite (10 jours contre 17 en moyenne) et satisfont mieux leurs adoptants.

A lire aussi : Déçu de l’utilisation des dons par la SPA de Montpellier, Rémi Gaillard pose un ultimatum

Pensez-vous que tous les refuges devraient favoriser la création d'espaces de liberté pour les chiens ?

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Crédits photo :

Shutterstock (image d'illustration)

8 commentaire(s)
remplacer les box par des familles d'accueil ??? un doux rêve quand on sait combien il est difficile d'en trouver quelques-unes, alors deux cents ... !! revenons sur terre
Les chiens seuls en box sont rares et c'est le fait de ceux qui ne supportent pas leurs congénères. Autrement ils sont en box par 2 voire 4 selon la taille des chiens
L'idée de Rémi Gaillard est bonne, même si ma SPA de Montpellier ne veux pas réalisé son projet, elle pourrait au moins essayer de mettre le chien.en groupe de deux ou trois dans les box.
Je pense que la privation de liberté et le fait d'être seul désocialisent les chiens. Surtout que certaines familles qui veulent adopter ont déjà un chien ou prévoient d'en avoir un autre et elles seraient plus enclines à adopter certains chiens si elles voyaient qu'ils savent cohabiter avec leur congénères.
Ce sont des spécialistes qui peuvent donner leurs avis. Il est probable que l'effet meute engendre des bagarres voire des morsures. Il faudrait vraiment encadrer les chiens en liberté, que le plus faible ne soit pas le "souffre douleurs des autres chiens". J'ai une mauvaise expérience à ce sujet. Dans un parc, deux chiens en liberté, ont attaqué le mien, plus fragile ; je me suis interposée pour le protéger. J'ai risqué de me faire mordre mais mon unique but était de protéger mon animal. Les propriétaires de ces deux chiens, n'ont pas bougé et apparemment se sont amusés de la situation. Dans les parcs publics (entre parenthèses), la laisse devrait être imposée.
Je pense qu'il faudrait qu'on traite mieux les chiens qui sont à la SPA, je suis d'accord qu'il est des espaces libre dehors en plus de leur box, c'est chiens sont malheureux parce qu'il n'ont pas de maîtres de famille en quelque sorte, c'est pour ça qu'on devrait plus lors donnez d'affection.
Le refuge de Mare Auzou coute, rien que pour son fonctionnement, près de 3 millions par an. La SPA de Montpellier est une petite structure indépendante, ou trouvera-t-elle 3 millions chaque année ?
Elle n'a jamais dit qu'elle refusait le projet de Gaillard, elle n'a jamais dit qu'il était mauvais, elle a dit qu'elle avait besoin de temps pour se concerter avec le CA, les employés et les bénévoles pour faire le tour des projets en court, voir ce qui était faisable ou non, et prendre une décision en fonction et au vote. Mais Mr Gaillard veut qu'on lui dise amen sans réfléchir et en outre-passant les instances décisionnaires par caprice, et maintenant envoie sa fanbase de lycéens insulter la SPA et troller la page par centaines. C'est ce comportement qui est lamentable.
Il ne faut pas comparer AVA, Fondation BB et la SPA de Montpellier ; certes l'argent facilite les choses, mais il faut aussi du personnel compétent et suffisant.
Quand aux familles d'accueil, je suis d'accord mais celles-ci ne sont pas si nombreuses que cela, en plus souvent elles ont leur(s) propres animaux donc, se pose déjà le problème de l'acceptation congénère voire avec des animaux autres : chats, chiens, nacs, chevaux....
Je pense que chacun fait au mieux de leurs possibilités, je ne blâme personne et aucune association tant que tout est mis en oeuvre pour le bien être animal.
En résumé et si j'ai bien compris : c'est possible si on regroupe les chiens par affinité, et là il faut des personnes "spécialisées" et bien connaitre les animaux que l'on met ensemble, surveiller et faire en sorte que les chiens aient des interactions avec les humains.
C'est peut être là le problème, quand on a les moyens, le personnel et le temps c'est parfaitement possible.
Mais, et je ne fais que poser la question : est ce que la SPA de Montpellier, a le temps, et le personnel ? Certes Rémi Gaillard a permis de recevoir des dons importants mais combien couterait à terme de péréniser les espaces de liberté ? (en personnel et en temps).
Je pensens qu'ils cherchent tous des moyens d'offrir le plus de bien être aux animaux, mais ce n'est pas toujours facile de faire le meilleur avec des moyens limités.
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