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« J’essaie de me blinder » : le témoignage anonyme d'un employé de fourrière qui déteste son métier

Mardi 08 Décembre 2020 | Par Anaïs Drux
« J’essaie de me blinder »

Sous couvert d'anonymat, un employé de fourrière de l'Île de la Réunion a vidé son sac et raconté l'envers du décor de ces structures. Et il semblerait bien que les choses soient aussi tristes que ce qu'on peut imaginer. 

La situation des animaux n'est pas facile sur l'Île de la Réunion : animaux errants, maltraitances, manque de moyens... on peut donc facilement envisager que les fourrières ne connaissent pas beaucoup de répit. Et cela ne rend pas le quotidien aisé pour ceux qui y travaillent chaque jour, et qui essaient d'absorber toute cette misère animale.

C'est en tout cas ce qu'a confirmé un employé d'une fourrière de l'île, lors d'un entretien pour le média Zinfos974. 

« Je déteste mon métier »

Chaque jour, cet employé de fourrière se rend au travail le cœur lourd, car il sait que la journée ne sera pas joyeuse. 

Les moments de bonheur sont effectivement plus que rares, dans un quotidien qui mêle captures d'animaux errants, ramassage de cadavres sur les routes, et euthanasies. 

Il témoigne auprès de Marine Abat de Zinfos974 : « J’essaie de me blinder. Quand j’entre dans la fourrière, c’est comme si je retenais mon souffle. »

Il faut dire que cet employé de fourrière ne manque malheureusement pas de travail : chaque année, ce sont environ 7000 corps sans vie de chiens et de chats sur les routes, qu'il faut ramasser, souvent dans de très sales états. 

Pour les animaux errants qui ont encore la chance - souvent temporaire - d'être en vie, ce sont plusieurs captures par jour qui doivent s'opérer.

Et deux fois par semaine, l'insupportable moment des euthanasies, dans ces fourrières qui ne peuvent plus pousser les murs pour accueillir cette surpopulation d'animaux. 

Chien errant avec maladie de peau

« Certains me font penser à mon chien »

Pour cet homme qui aime les animaux, il est bien difficile de s'habituer à cette tâche si ingrate.

« Avant qu'on commence à aller chercher les animaux, il y a un silence. Ça devient mécanique. C’est un peu comme si on se mettait en off pour pouvoir supporter. »

Spectateur impuissant, il fera son travail, en tenant chaque animal pour son dernier voyage injuste et imposé. Il se chargera ensuite de leur dépouille, qu'il réunira avec les autres animaux euthanasiés ce jour. 

Malgré ce cerveau auto-anesthésié qui tente de ne rien voir et de ne rien croire de cette réalité qui n'a aucun sens moral... ce sont bien ces images qui accompagnent l'employé de fourrière en dehors de son lieu de travail et le tourmentent une fois rentré chez lui. D'autant plus quand il retrouve son propre chien, qui lui, est né sous la bonne étoile. 

Chiens dans un box de fourrière

Insulté, mais non coupable

Les insultes, ce sont les fourrières et leurs employés qui les reçoivent. Après tout, ce sont bien eux, qui ont la seringue à la main. 

Mais pourtant, que pourraient-ils faire d'autre ? Comment gérer une irresponsabilité croissante qui ne semble pas retrouver le chemin de la raison ? 

Il y a bien quelques heureux, sélectionnés par les refuges environnants ou en métropole, qui échapperont à la mort. 

Mais cela représente une quantité infime d'animaux, et l'Île de la Réunion constitue à elle seule 20% des euthanasies nationales en France. Les fourrières de l'île prennent en charge environ 11 500 chiens et chats chaque année, et 85% de ces animaux seront euthanasiés. 

Une situation qui ne fait qu'empirer selon le témoignage de cet employé, qui regrette que la population ne prenne pas conscience de sa responsabilité et des conséquences dramatiques de ses actes. Notamment par l'absence massive de stérilisation qui engendre une population faramineuse d'animaux errants.

Les autorités sont également pointées du doigt par l'homme qui indique qu'il devrait y avoir plus de verbalisations dans les cas de négligence et mauvais traitements. 

De nombreuses petites associations indépendantes se sont penchées sur la situation des animaux réunionnais ces dix dernières années, mais il est bien difficile de ne pas se sentir comme un grain de sable dans cette marée de désolation. 

Si vous souhaitez aider un animal de l'île, vous trouverez plusieurs associations qui proposent à l'adoption des animaux de la Réunion dans notre rubrique dédiée : cliquez ici 

À lire également : A 68 ans, cette retraitée dépense toutes ses économies pour nourrir 1300 chiens et 100 chats errants

# euthanasie, fourrière
Par Anaïs Drux Crédits photo :

Shutterstock

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