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Les pesticides néonicotinoïdes sont interdits... sauf dans les antiparasitaires pour chiens et chats : inquiétant ?

Mardi 04 Septembre 2018 |

Depuis le 1er septembre, l’interdiction d’utiliser certaines classes de molécules insecticides, des néonicotinoïdes "tueurs d'abeilles", entre en vigueur dans l’agriculture française. Une cinquantaine de produits vétérinaires ne sont pas concernés par cette interdiction, notamment des produits antiparasitaires (anti-puces etc.). Comment doit-on réagir par rapport à ces molécules, dans le cadre d’une utilisation domestique ? La législation est-elle adaptée ? Quels sont les risques ?

L'interdiction qui entre en vigueur le 1er septembre 2018 concerne uniquement 5 molécules parmi les néonicotinoïdes : imidaclopride, clothianidine, thiaméthoxame, thiaclopride et acétamipride.

L’intoxication par les pesticides : un problème sur le long terme

Ces produits sont utilisés en tant qu'antiparasitaire chez nos animaux domestiques (sous forme de pipettes ou de comprimés), mais la première utilisation depuis plusieurs décennies (en termes de quantité) est en tant que pesticides, dans un mode de culture intensive.

« Tout est toxique, rien n’est toxique, tout est question de dose » ! Et il y a deux manières de recevoir la dose toxique : d’un seul coup (on parle d’intoxication aigue) et sur le long terme (il s’agit alors d’intoxication chronique).

Les néonicotinoïdes se retrouvent dans nos aliments à très faible dose : cela ne suffit pas pour provoquer des effets immédiats, mais les effets sur le long terme sont conséquents, si l’individu est exposé en continu. On peut retrouver ce mode d'intoxication avec un chien ou un chat que l'on traite trop souvent avec des antiparasitaires, et les humains qui sont en contacts avec l'animal peuvent aussi en subir les effets (notamment en cas de contact régulier avec le produit, par le biais du pelage et des caresses).

Par contre, dans le cadre d’une utilisation ponctuelle, le risque d’intoxication est faible : l’individu n’est exposé qu’une fois au toxique. La durée habituelle des traitements antiparasitaires pour chien et chat tourne autours de 1 mois. L'intoxication survient alors lorsqu'on dépasse les doses prescrites : c'est une intoxication aigüe.

C’est la même chose pour un radiologue et son patient avec les rayons X : une radio diagnostique ne va pas faire de mal au patient, par contre le radiologue exposé tous les jours a un risque d’irradiation sur le long terme, d'où les protections. On en revient à la notion de dose, par unité de temps.

Quels sont les symptômes d'une intoxication aigüe aux néocotinoïdes ?

Dans le cas de nos animaux domestiques, l'intoxication aux néocotinoïdes survient la plupart du temps lors d'une erreur de dosage, par exemple lorqu'on donne une pipette chien à un chat. Voici les symptômes à surveiller dans les 24-48h qui suivent le dépôt du produit sur l'animal :

  • salivation
  • tremblements, contractions
  • paralysie
  • léthargie, baisse d'activité
  • vomissements, nausées
  • selles molles, diarhée

Si de tels signes sont observés après administration du produit, il faut immédiatement contacter son vétérinaire.

Les symtômes d'intoxication chronique sont plus difficile à objectiver : baisse d'activité, troubles digestifs,...

Pourquoi une telle polémique contre ces molécules ?

Dans le cas de l’agriculture, il s’agit de gros volumes de pesticides, libérés directement dans l’environnement, pour protéger les cultures (donc l’utilisation est systématique, même s’il n’y a rien à traiter). L’impact écologique est considérable, avec les conséquences qui font polémique aujourd’hui.

De plus, il y a un impact sanitaire également, dont on évalue encore difficilement les conséquences tant nous en ressentirons les effets sur le long terme. Il s’agit en effet d’une intoxication chronique, puisque ces produits se retrouvent dans nos aliments.

Il est donc normal que les autorités législatives réagissent. Il est essentiel de limiter notre impact écologique urgemment, et nous allons devoir modifier nos pratiques agricoles. La polémique est donc parfaitement justifiée, concernant l’utilisation des pesticides.

Que doit-on penser des néonicotinoïdes dans les produits vétérinaires ?

Armé de ce savoir, on comprend que les antiparasitaires utilisant ces molécules sont efficaces (et pas qu’un peu), mais qu’il ne faut pas en abuser, de façon à ne pas exposer l’animal à des doses chroniques. Il y a très peu de cas d’intoxications aigues, et ce sont des intolérances ponctuelles, il suffit généralement de basculer sur une autre classe de molécules pour résoudre le problème.

Aujourd’hui, les laboratoires publient des recommandations d’utilisation pour nos animaux domestiques, et on dégage globalement deux axes majeurs : le préventif et le curatif. Le préventif s’utilise sur un animal exposé à des parasites, sans forcément qu’il en ait, pour éviter l’infestation, et le curatif s’utilise pour se débarrasser de parasites déjà présents.

Dans le cadre d’une utilisation curative, suivre ces recommandations ne fait pas prendre de risque à l’animal, par rapport aux parasites qu’on traite. Par contre, en préventif, il est évident qu’il ne faut pas abuser de ces molécules : il faut limiter leur utilisation aux animaux dit « à risque ».

Il existe également d’autres molécules, avec des efficacités plus ou moins importantes : il est tout à fait possible d’utiliser des classes thérapeutiques moins agressives, si elles suffisent à maintenir l’animal en bonne santé.

L’impact écologique dans ce contexte est incomparable aux pesticides : les quantités utilisées sont très inférieures. Mais leur utilisation en élevage est discutée par les vétérinaires, et la polémique est la même que pour les cultures : quels sont les résidus qui se retrouvent dans notre alimentation ? Quel est l’impact écologique de l’élevage intensif avec ces traitements ?

En conclusion : doit-on boycotter les antiparasitaires avec des néonicotinoïdes ?

La polémique concernant les médicaments vétérinaires va surtout nous concerner par le biais de l’élevage et de notre alimentation issue des produits de l’élevage (lait et viande). Les risques d’intoxication sur nos animaux domestiques sont très faibles, tant les doses sont infimes par rapport aux dégâts de l’agriculture et de l’élevage intensifs.

Il faut tout de même faire attention en préventif, si on les utilise régulièrement : ne pas dépasser les doses prescrites, et avoir une utilisation raisonnée dans le temps, pour limiter les doses au minimum efficaces. Traiter son animal en continu s’il n’en a pas besoin est exagéré, et expose son environnement (et ses propriétaires) au produit de manière chronique.

On pourrait se poser la question suivante : pourquoi garder ces molécules, sachant que les vétérinaires disposent aujourd’hui de plusieurs classes thérapeutiques parmi les antiparasitaires, aux effets écologiques et toxiques moins importants ? La réponse est que ces molécules restent très efficaces, si on exclue les effets secondaires. Et elles sont longtemps restées seules sur le marché pour traiter nos animaux : il y a une certaine inertie à changer les pratiques.

Pour l’heure, cela reste le choix du vétérinaire, de s’équiper avec telle ou telle type de médicament disponible sur le marché. N’hésitez donc pas à en discuter avec lui, pour décider du produit qui correspond le mieux à votre éthique, et qui garantit de traiter efficacement votre animal.

Attention aussi aux nombreux produits présentés comme très efficaces pour éliminer les parasites, là où il s’agit souvent de répulsifs ; ils sont légion dans le domaine des antiparasitaires. L’idée reste de rechercher l’effet souhaité (éliminer les parasites) avec le produit ayant le moins d’impacts secondaires.

Dr Stéphane Tardif
Docteur vétérinaire et rédacteur pour Wamiz

A lire aussi : Les chiens ont-ils la notion de danger ?

Crédits photo :

Shutterstock

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